Des manifestations antiparlementaires ont lieu partout : à Péronne, à Sully-sur-Loire, à Laval, etc.
  En 1933, les citoyens ne peuvent plus ignorer qu'on les roules et qu'on les mène au gouffre. Ils en ont "ras le bol" (avant la lettre) !
  Le 16 octobre 1933, nous arrivons au 25ème anniversaire des Camelots du Roi, soit vingt-cinq années de luttes, de victoires remportées sur la République, victoire que le régime lui-même a dû reconnaitre lorsqu'il instituait la Fête nationale de Jeanne d'Arc ou lorsqu'il renonçait au paiement des prétendues dettes à l'Amérique.
  Georges Gaudy a écrit : " Les premiers mois de l'année 1933 auront vu les prodromes d'une révolution ".
  Année charnière qui annonce déjà l'approche de la guerre. Mais les caisses de l'Etat sont vides et la Commission des finances propose une diminution de 1 milliard et demi du budget de la Défence nationale...
  Alors que dans le même temps l'Allemagne fait litière des clauses militaires du traité de Versailles, le mécontentement en France pousse les électeurs dans les bras de la gauche.
  En décembre 1932, les manifestations d'anciens combattants, organisées devant la Chambre par l'Action française, encadrées et conduites par les Camelots du Roi, provoquent la chute du ministère Herriot, et forcent les députés à refuser de payer l'échéance du 15 décembre : les dettes de guerre à l'Amérique !
  Le 31 mai 1933, Maurice Pujo commence une grande campagne contre les scandales ; les Camelots du Roi soutiennent vigoureusement cette campagne ; Marcel Langlois est condamné à quatre mois de prison, Verrier et Lutz à trois mois, mais la campagne de l'AF a porté. Le Conseil de l'ordre des Avocats prononce la radiation de Me Hutin, député, sous-secrétaire d'Etat à la guerre...
  Hitler est au pouvoir en Allemagne et, devant la menace, les Camelots accentuent leurs efforts. Constamment sur la brèche, ils manifestent contre Mgr Maglione, nonce apostologique progermanique qui avait été soupçonné à Berne d'espionnage au profit de l'Allemagne.
  Cette même année, ils diffusent, distribuent, affichent le manifeste du Prince (Jean, Duc de Guise), daté du 30 janvier 1933. En 1933, c'est aussi, le 14 juin, la naissance du Dauphin, Henri de France. Le 20 juin, les Camelots font sonner le gros bourdon de Notre-Dame de Paris en l'honneur de la naissance royale.
  Ils dispersent les réunions pacifistes, inspirées par l'Allemagne, celles de la Ligue Internationale des combattants de la Paix, ainsi que les conférences des objecteurs de conscience. A ce moment-là, d'autres groupements de patriotes essayaient de réagir et souvent les Camelots sont au coude à coude avec les Jeunesses Patriotes et les Croix de Feu.
  Ils interviennent partout, en Bretagne, à Cagnes-sur-Mer, à Ménilmontant, dans le 13ème arrondissement de Paris, à Colombes. Ils protestent, avec les étudiants et de nombreux jeunes Français, contre l'enseignement "civique" donné à l'Institut Pie XI par le père Ducatillon, antinational et défenseur des objecteurs de conscience.
  A Alger, ils enlèvent l'orateur (Gérin) d'une réunion de propagande des pbjecteurs de conscience ; à Paris, le 10 juin, ils prennent à partie Yves Le Troquer ; à cette réunion, vingt-huit Camelots sont arrêtés.

L'Affaire Stavisky


Alexandre Stavisky

À la fin de 1933, la France est en crise : crise économique venue d’outre-Atlantique, qui ronge le tissu social du pays, mais aussi crise politique, conséquence d’un système parlementaire facteur d’instabilité ministérielle ; crise morale révélée par les multiples scandales qui éclaboussent régulièrement la classe politique de la IIIe République ; crise de civilisation, enfin, à l’heure où les démocraties et les totalitarismes se font concurrence pour le contrôle des masses, et où technique et consommation assoient de plus en plus le règne de l’argent au détriment des cultures et des personnes.

  C’est dans ce contexte lourd d’inquiétudes et de menaces que, le 24 décembre 1933, un article de presse, presqu’anodin, évoque une affaire d’escroquerie découverte à Bayonne et l’arrestation du directeur du crédit municipal de cette même ville, coupable d’avoir émis de faux bons pour des sommes très importantes. Que cet article paraisse dans le quotidien monarchiste L’Action Française semble fort logique : après tout, ce journal n’a de cesse de dénoncer toutes les (mauvaises) “affaires” de la république pour mieux la décrédibiliser aux yeux d’une opinion publique pas encore totalement blasée, comme il se veut aussi le chantre de la “réaction nationale” qui doit, en bonne logique maurrassienne, mener à la monarchie.

  Cette tactique de dénonciation systématique des maux de la république ne manque pas, en ces années trente, d’aliments tant les scandales qui touchent le régime et ses hommes semblent nombreux. Mais, jusque là, cela ne débouche guère sur autre chose que quelques manifestations de rue, des actions de camelots du roi et la sempiternelle confirmation de la malhonnêteté inhérente au système idéologico-politique de la démocratie. Pour autant, malgré le peu de débouchés politiques apparents de cette perpétuelle contestation (faute d’un Monk ?), la capacité d’indignation des journalistes et des militants royalistes reste intacte, prête à se manifester à l’occasion, avec le souhait toujours rappelé d’aboutir au renversement de la “gueuse”, synonyme (pour les Camelots du Roi) de république.

  En quelques jours, « le scandale de Bayonne », comme le nomme l’Action française et, à sa suite, la presse populaire, prend des proportions inquiétantes pour le monde parlementaire. Chaque jour amène son lot de révélations, et la liste des escrocs et des corrompus s’allonge. C’est l’Action française qui reçoit de nouveaux documents compromettants pour quelques personnalités politiques, et se fait un devoir et un plaisir de les publier. Ainsi reproduit-elle les lettres d’un ministre, Dalimier, conseillant de se procurer les fameux bons du Crédit municipal de Bayonne, et met-elle en cause le magistrat Pressard, beau-frère du président du Conseil du moment, Camille Chautemps : les premiers numéros de l’A.F. du mois de janvier 1934 fourmillent d’accusations et d’explications sur la vaste escroquerie mise en place par un certain Alexandre Stavisky, en fuite depuis Noël.

  D’une banale affaire d’escroquerie, “l’Affaire Stavisky” devient un scandale politico-financier qui touche tous les milieux de la république établie, en particulier le parti radical et la franc-maçonnerie, à cette époque très présente dans la vie politique du régime et souvent considérée comme son soutien et son inspiratrice. Léon Daudet, dans son article quotidien de L’Action Française, “exécute” les « voleurs », au fil d’une plume plongée dans le vitriol. Le polémiste, jadis lui-même député de Paris, dénonce les mauvaises mœurs parlementaires de la IIIe République et les pratiques policières de celle-ci. Pour définir les politiciens et magistrats touchés par le scandale, il évoque une « bande de traîtres, de voleurs, d’assassins » qu’il s’agit de poursuivre jusque dans « la caverne des brigands », c’est-à-dire le Palais-Bourbon.

  Le gouvernemnt a essayé de noyer l'affaire mais il comptait sans l'AF et les Camelots. Dès le 9 janvier, la Chambre est assiégée par le peuple de Paris mené par les Camelots. Tous les jours, les manifestants sont plus nombreux que la veille et la police de plus en plus nerveuse n'arrive pas à avoir le dessus.
  Le 27 janvier, le ministère Chautemps s'effondre dans la boue et le sang. Daladier lui succède, Chiappe est chassé de la Préfecture de Police et remplacé par Bonnefoy Sibour.
  Le 6 février, le ministère Daladier se présente devant la Chambre. Les patriotes se massent place de la Concorde, aux Champs-Elysées, aux Invalides, au quartier Latin, à l'Hôtel de Ville. Les Camelots du Roi sont partout, il y a aussi les J.P, les Croix de Feu, la Solidarité française, les association d'anciens combattants.
  La foule menace le pont de la Concorde. Les cavaliers de la Garde chargent mais doivent faire demi-tour ; la police à pied prend leur place, les manifestants qu'elle peut entraîner et arrêter sont frappés à coups de matraque, blessés et couverts de sang.
  La foule arrête un bus et le brûle ; les pompiers arrivent et dirigent leurs jets contre la foule qui s'empare des lances et les retourne alors contre eux.
  Le barrage du pont va être emporté ; alors sans aucune sommation, les fusils-mitrailleurs se mettent à crépiter, des hommes tombent, la foule continue à avancer. Une charge de cavalerie l'arrête, aucun coup de feu n'est parti des manifestants.
  Jusqu'à une heure avancée de la nuit, les charges se succèdent, comme les coups de feu.

fevrier1934

Dix-sept morts chez les manifestants, un du côté de la police, deux cent cinquante-huit blessés graves chez les manifestants, quatre-vingt-douze dans la police. Maxime Real del Sarte, sauvagement frappé, figure parmi les blessés.
  Quatre de l'Action Française sont parmi les morts :
- Alphonse Aufschneider, vingt-sept ans, valet de chambre, ligueur, tué d'une balle au coeur ;
- Costa Cambo, quarante-deux ans, allié d'Action Française, chômeur ;
- Jules Lecomte, trente-cinq ans, ouvrier chez Renault, mort d'une balle dans le ventre, ligueur et Camelot du Roi ;
- Georges Roubaudi, trente six ans, industriel, ligueur et membre de l'Association Marius Plateau.
  Deux autres allaient succomber à leurs blessures dans les jours suivants : Charles Liévin et Raymond Lalande.
  Le gouvernement des fusilleurs tombe...
  Le 1er novembre 1934, Lucien Garniel, garçon boucher, âgé de seize ans, blessé le 6 février, mourait après une longue et douloureuse agonie.
  Le 7 décemre mourait à son tour Jean Mopin, vingt-quatre ans, des suites des blessures reçues place de la Concorde le 6 février.
  La province est remuée, l'AF y est active. Pour donner une idée de l'activité déployée par l'AF à travers le pays, en 1934, à Paris et en banlieue : 290 conférences ; en province : 150 !

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  Le 6 février fut vraiment la révolte contre la république des scandales. Il ne déboucha pas sur la prise du pouvoir, à la déception compréhensible d'un grand nombre de patriotes.
  Les circonstances ne nous étaient pas favorables : Chiappe, préfet de Police, avait été limogé quelques jours avant et nous ne disposions donc plus du "Monk" nécessaire ; d'autre part, le haut clergé était opposé à l'AF du fait de la condamnation pontificale, celle-ci ayant provoqué à notre égard la méfiance des autres mouvements nationaux.
  Le 12 février, les communistes réagissent, lancent une grève générale ; l'Action Française est le seul journal à paraître ce jour-là.
  A Hénin-Liétard, le 11 avril, les communistes attaquent les Camelots du service d'ordre à une réunion d'AF. Assaillis à coups de couteau et de matraque, les Camelots blessés ripostent, un des assaillants tombe, mortellement blessé, Jean Théry est arrêté avec d'autres Camelots. Inculpés de meurtre et jugés aux assises de Saint-Omer ave Eugène Fitsch, ils sont acquittés.
  Au cortège de Jeanne d'Arc, en 1934, 100 000 patriotes défilent.
  Le 10 juin, à Sannoy, les Camelots mettent en fuite le préfet fusilleur du 6 février, Bonnefoy-Sibour.
  Le 25 juin, à la salle Wagram, le "Front Commun" est mis en déroute par les Camelots.
  Les réunions d'AF se poursuivent toute l'année dans toute la France, réunissant chaque fois des milliers d'ardents patriotes conscients des périls.

  Le président du conseil Flandin avait cru devoir se rendre au service funèbre de Notre-Dame, célébré à la mémoire des morts du 6 février ; il fut apostrophé par Alain de la Rochefordière qui en fut condamné à un an de prison.
  En septembre 1934, le Campana, navire battant pavillon français, entièrement rempli par 400 ligueurs d'AF et Camelots, entreprit une croisière de huit jours depuis Marseille.

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SAR le Comte de Paris, entouré de Charles Maurras (à gauche)
et de Maurice Pujo (à droite) à bord du Campana.

A Gênes et au milieu d'une foule enthousiaste canalisée par les Camelots du Roi, le Comte de Paris, alors Dauphin de France, embarquait pour une semaine qu'il passait au milieu de ces royalistes de toutes conditions sociales.