Permanence_rue_du_Boccador_1
Permanence de la rue du Boccador, en 1935,
avec ses trophées pris aux adversaires.

Rue_boccador



L'année 1935-1936 a été une des plus mouvementées et les plus remplies qu'ait connues l'Action Française.
  Le 3 février 1935, un nouveau deuil venait frapper l'Action française, Marcel Langlois, chef de groupe des Camelots attaqué par les communistes, reçut un coup très violent à la tête lors d'une bagarre devant l'Église du Pecq. Il expirait le soir même à 21 h 15, à trente ans ; c'était un chef aimé et obéi, qui payait d'exemple.
  Au cortège de Jeanne d'Arc, le 19 mai 1935, les Jeunesses patriotes, les Blessés du 6 février, la Solidarité française, se joignent aux ligueurs et aux Camelots du Roi.
  En octobre 1935, la campagne contre les sanctions à l'Italie, engagée en Ethiopie, battait son plein, animé principalement par les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger.
  La campagne de Charles Maurras était quotidienne, dans l'AF, contre les 140 signataires d'un manifeste qui poussait le gouvernement français à marcher dans la voie des sanctions économiques et militaires contre l'Italie. Charles Maurras les avait avertis que si la guerre éclatait, l'AF rendrait responsable ces "assassins de la paix" et vengerait sur eux le sang français versé...

  Les Camelots manifestent en permanence contre les sanctions. Ils font manifester les Parisiens chaque jour malgré les bagarres avec la police, malgré les arrestations quotidiennes.
  Les sanctions militaires contre l'Italie ne seront pas prises...
  Le 11 novembre 1935, le cortège des nationaux, avec les anciens combattants, les ligues patriotes et surtout l'Action française, les Camelots conduits par Pierre Juhel défilant dans un ordre impeccable, subit les injures et les menaces des hordes socialo-communo-soviétiques, massées sur les trottoirs tout au long de l'avenue des Champs-Elysées ; deux rangs de gardes mobiles, de chaque côté tout au long de l'avenue, protègent les voyous du Front Populaire.
  Agacé par les huées, Charles Maurras fait un signe à Pierre Juhel. Celui-ci lance trois brefs commandements :
- Camelots, halte !
- Pour la moitié gauche : à gauche, gauche !
- Pour la moitié droite : à droite, droite !
  Les huées cessent d'un seul coup, les Camelots demeurant immobiles au garde à vous, tournés vers les trottoirs qui, dans un silence fantastique après le bruit, se vident précipitamment. Une ou deux minutes plus tard, devant les trottoirs vides, le cortège reprend sa marche vers le tombeau du Soldat inconnu.
  Des bagarres éclatent ensuite, nos amis redescendent au pas de course dans les rues bordant les Champs-Elysées pour faire payer leurs injures aux hommes du Front popu...
  En 1936, encore à Marseille, la campagne contre le défaitisme et le pacifisme est, comme à Paris et dans toute la province, la cible des Camelots du Roi : en juin, Georges Bidault, au nom du Parti démocrate des chrétiens, héritier du Sillon vient présider une réunion pacifiste pour une entente "à tout prix" avec l'Allemagne.
  Les Camelots, dirigés par leur chef de région, Jean Lavoëgie, vident la salle en une minute et la réunion est, bien sûr, annulée sur place, les orateurs et le public ayant pris la fuite, non sans quelques horions.
  Encore à Marseille, cette année-là, peu après les élections qui amenèrent au pouvoir le Front Populaire, un de nos vendeurs de l'Action française qui diffusait le quotidien dans le quartier rouge de la Belle de Mai, Raymondino, fut agressé par un groupe de communistes et tué par eux d'une balle à bout portant.
  Le 9 février, Jacques Bainville mourait, deuil ressenti dans toute la France et partout où la France comptait des amis.

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Jacques Bainville

  Le jour de ses obsèques, pendant que Léon Daudet prononçait son éloge funèbre à la maison mortuaire, une automobile dans laquelle avait pris place Léon Blum et Georges Monnet fut arrêtée par la foule qui attendait boulevard Saint-Germain le passage du cortège. Cette auto voulut forcer le barrage. Léon Blum reconnu, une bordée de sifflets et de huées jaillit de toutes parts.
  Un provocateur brisa la vitre arrière de la voiture ; la foule se jeta sur l'auto dont les autres vitres furent brisées, blessant légèrement Léon Blum et Mme Monnet... Les Camelots du Roi, massés sur le trottoir autour de leurs drapeaux, se précipitèrent, menés par Pierre Juhel, pour empêcher que Léon Blum soit mis en plus piteux état. Ce n'était qu'un incident de rue, mais il s'agissait du chef de la S.F.I.O et l'occasion était trop belle pour ne pas être exploitée par la République.

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Léon Blum sur son lit d'hôpital! La République emplifira les faits afin de justifier la dissolution qu'elle prépare!

L'incident Blum, grossi pour les besoins de la cause, fut évoqué à la Chambre et Albert Sarraut promit de venger Léon Blum "sans hésitation, sans faiblesse, sans retard" (s'ils avaient sû adopter la même devise face au danger Allemand...)... Un conseil des ministres fut réuni d'urgence à l'Elysées et le président Lebrun signa, séance tenante, le décret de dissolution "des associations et groupement de fait, dénommés ci-après : la Ligue d'Action Française, la Fédération Nationale des Camelots du Roi et la Fédération Nationale des Étudiants d'Action Française".
Les perquisitions étaient aussitôt organisées et le soir même la police cernait la rue du Boccador et le journal. Perquisitions, bien sûr infructueuses... Perquisitions aussi chez Maurice Pujo, Charles Maurras, Maxime Real del Sarte, Lucien Lacour, François de Lassus, Georges Calzant, Pierre Juhel, Cravayat, etc. avec "arrogance, brutalité et inconvenance" . Charles Maurras était inculpé de provocation au meurtre.
  Les hordes socialo-communistes, protégées par la police, attaquaient nos permanences, nos amis isolés, faisant des blessés sérieux (entre autre, le docteur Golse eut l'oeil gauche crevé).
  En province, en banlieue comme à Paris, les perquisitions allaient bon train, même aux sièges et permanences des associations non dissoutes telles que les J.F.R (Jeunes Filles Royalistes) .
  Les pourvois formés contre la dissolution par les présidents de la Ligue, des Camelots et des Etudiants étaient rejetés par le Conseil d'Etat.
  Charles Maurras était ensuite condamné pour l'affaire du couteau de cuisine (à propos des sanctions contre l'Italie) et son pourvoi rejeté par la Cour de Cassation le 29 octobre 1936 : onze mois de prison pour Charles Maurras et huit jours avec sursis pour Joseph Delest.
  Bien-sûr les "dissous" continuaient leur action. Ils prirent, entre autres, une part active à la campagne électorale de 1936.
  L'Action française était éprouvée, mais elle ne pouvait rester à l'écart de la fête de Jeanne d'Arc. Pendant une heure on vit défiler les organisations "non dissoutes" : Marius Plateau, les J.F.R, les Cheminots d'AF, l'union des Corporations françaises.
  L'AF continuait, malgré les inculpations "pour reconstitution de ligue dissoute" .
  Les réunions interdites se tenaient malgré la police.
  Des échauffourées quotidiennes avaient lieu aux Champs-Elysées et à l'Etoile, avec la police qui se précipitait sur les Parisiens qui abordaient les trois couleurs à la boutonnière alors qu'elle protégeait les porteurs de "loques rouges" .
  En province comme à Paris, les banquets de la Saint-Jean, bien qu'interdits, furent l'occasion de réunir les "dissous" et leurs amis. On vit briller partout les feux de la Saint-Jean : en Vendée, aux bords de la Marne, en Lorraine, sur les hauteurs du Lyonnais, sur les bords du lac d'Annecy, en Charolais, sur le plateau des Cotes qui domine Clermont-Ferrand ; le Forez, le Roannais, le Dauphiné flambaient...
  La flèche de la cathédrale de Rouen était ornée d'un magnifique drapeau fleurdelysé. Le sommet du donjon de Vincennes fut illuminé longtemps par les feux de la Saint-Jean. Nos amis s'étaient laissé enfermer dans le donjon et, après avoir allumé leur feu, descendaient le long du donjon au moyen de cordes, impressionnante descente ! La lutte de l'AF contre l'intervention en Espagne continuait, menée par Maurice¨Pujo. En Espagne même, où des Camelots avaient rejoint l'armée franquiste, Pierre Héricourt demandait à la radio nationaliste, au peuple espagnol de ne pas englober, dans une même réprobation, tous les Français.
  Au yeux de la loi, il n'y a donc plus en cette année 1937 de Camelots du Roi.
  Mais la fête de Jeanne d'Arc le 9 mai fût un triomphe sans précédent.
  Les manoeuvres de la police furent, encore une fois, déjouées. Sur deux colonnes le cortège défila de 10 h 30 à 14 heures...
  Alors que les années précédentes le défilé se déroulait dans un pieux silence, ce 9 mai la Marseillaise éclatait, le cri du public s'emplifiait pour répéter inlassablement "libérez Maurras", "Au désert, le Chameau" (sans doute Léon Blum !) et par rafles, la royale et la Marseillaise reprenaient.
 
Si un défilé du Front Populaire avait rassemblé une pareille foule, l'Humanité l'aurait évalué à 2 millions de personnes !.
  Le 8 juillet, le Vel' d'Hiv était trop étroit pour contenir la foule parisienne venue acclamer Charles Maurras après sa sortie de prison.
  Quand il parut, annoncé par la clameur qui précédait ses pas, il sembla porté par la tribune par la prodigieuse houle des ovations des 40 000 Français rassemblés autour de lui...

  Tout au long de ces années 1935-1936, les Camelots eurent l'occasion de défendre l'honneur national, en particulier en organisant les manifestations contre les livraisons d'armes à la République espagnole La voix de la France fut entendue et la France ne livra officiellemet ni un sou ni un homme, en dépit des provocations bellicistes du Front Populaire.

CONCLUSION

Dans cette histoire des Camelots du Roi, il ne nous a pas été possible de citer toutes leurs actions et, pas davantage le détail même de celles que nous avons citées.
  Les grandes campagnes menées par les Camelots du Roi, après leur reconstitution en 1919 furent :
  La lutte pour la salubrité publique, par la dénonciation des scandales financiers : Hennessy en 1927 - La Gazette du Franc ( "la mère Hanau" ) en 1928 - Oustic en 1928-1929 - Stavisky en 1934.
  La lutte contre la subversion communiste et antimilitariste.
  Un exemple : lors des grèves de 1936 (et en 1939) alors que tous les journaux étaient empêchés de paraître et aussi d'être distribués, la distribution et la vente de l'AF dans la France entière, furent assurées tous les jours. Il faut avoir vu les camions sortir de l'imprimerie rue du Jour, les Camelots leur ouvrant le passage au milieu des "piquets de grève" venus d'ailleurs et Pierre Juhel sur le marchepied du premier camion.
  Le soutein au mouvement contre-révolutionnaire espagnole par la lutte contre le ravitaillement, en armes et en hommes, des armées du Front Populaire.
Etc...

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