Le 2 janvier 1930, Léon Daudet rentrait à Paris, accueilli par tous les chefs de l'AF et par des milliers de Parisiens contenus par un service d'ordre policier considérable.
  Les Camelots du Roi sont là, bien sûr. Une manifestation monstre, canalisée par eux et par les commissaires d'AF, dit sa joie et sa confiance au directeur politique de l'Action française.

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Léon DAUDET

  Le 29 novembre, la Ligue des Droits de l'Homme donnait une grande réunion pro-boche sur le sujet " l'Allemagne et nous " avec Victor Basch, Grubach et Pierre Cot. Il n'y eut qu'un orateur mais celui-là n'était pas sur l'affiche ; son discours fut bref : au moment où arrivaient sur la scène les personnes prévues, une voix se fit entendre : " Les amis des Boches ne parleront pas ce soir, en avant les Camelots ! " D'un seul élant, partant de tous les points de la salle, les Camelots jaillissent, s'emparent de la tribune et en dix minutes, évacuent toute la salle.
  Le 2 décembre, Marcel Wiriath dit son fait à Barthou, en pleine séance de l'Académie française. Entre le 14 février et le 30 mars 1931, c'est une bataille de tous les jours entre d'une part les Camelots et les patriotes qu'ils entraînent et d'autre part la police, les métèques, la direction du Théâtre de l'Ambigu et le fils de Jean Richepin auteur d'une "pièce boche de boue et de sang" sur l' Affaire Dreyfus.
  Tous les jours des arrestations, des blessés : il fallait en finir. Le 28 mars, l'Association Marius Plateau lançait un appel aux mutilés et anciens combattants et à tous les patriotes français. Cet appel rappelait que la pièce boche n'avait été reprise que sur la volonté de l'Allemagne servie par la vanité d'un imbécile, le sectarisme des politiciens francs-maçons et la faiblesse du gouvernement. Cet appel se terminait ainsi :
Venez tous ce soir devant l'Ambigu, revêtus de vos glorieuses décorations, venez et faites entendre votre indignation aux cris de "Conspuez Dreyfus, dehors les Boches, vive la France!" .
  Malgré les barrages de police, la manifestation se déroule et devient une gigantesque bataille où les formations de l'AF avec les Camelots, sont conduites par Maurice Pujo, Maxime Réal del Sarte, Lucien Lacour, Philippe Roulland, Bernard Van de Velde, Jacques Renouvin, le capitaine de Cazenove, Marcel Wiriath, Pierre Héricourt et Marcel Guitton. De la place de la République au faubourg Montmartre, de terribles bagarres éclatent ; à deux heures de matin, on se bat encore vers la Porte Saint-Denis.
  La police comprit qu'elle était impuissante à s'opposer à la volonté des patriotes parisiens et le lendemain, malgré les protestations de Jacques Richepin, l'Affaire Dreyfus, disparaissait.

  Le 15 mars 1931, en prélude au mariage du Comte de Paris avec la princesse d'Orléans-Bragance (célébré à Palerme le 8 avril), les Camelots étaient à l'honneur à l'Hôtel Lambert, où ils avaient reçu des princes la mission de canaliser l'immense foule de Parisiens venus présenter à la fiancée l'hommage de leur fidélité.
  Les Camelots du Roi sont toujours au premier rang pour lutter contre les ennemis de la patrie, entre autres interventions, le 27 novembre 1931, ils infligent une sévère déroute aux pacifistes qui s'étaient réunis au Trocadéro. Cette séance, à l'initiative de la Dame Louise Weiss et de son "Europe nouvelle" , réunissait les pacifistes prônant le désarmement de la France (pour donner l'exemple aux autres nations...).
  Marc Sangnier est, bien sûr, sur l'estrade aux côtés de Dame Weiss ; Herriot préside et la police occupe massivement les alentours.
  Des Camelots sont déjà dans la salle avec Binet-Valmer ; une bagarre éclate très vite avec le service d'ordre musclé des bandes menées par Nowina, président des anciens combattants pacifistes. Binet-Valmer interpelle Herriot, c'est l'affolement sur l'estrade ; Calzant intervient à son tour et est expulsé par les gardes républicains ; Lord Cecil prononce un discours en anglais, sa voix est couverte par le vacarme. En revanche, Painlevé qui prononce les seules paroles françaises de la scène ce soir-là, est acclamé ; mais les bagarres reprennent quand l'Allemand Joss veut prendre la parole à son tour.
  Le service d'ordre est rossé. Les Croix de Feu se sont unis aux Camelots et Étudiants d'à, la salle chante "la Madelon"...
  Pour mettre fin au scandale, les Camelots, les Anciens Combattants de l'Association Marius Plateau, menés par Georges Gaudy, escaladent la tribune de concert avec les Croix de Feu et la nettoient. Lucien Lacour et Robert Bourin déclarent la réunion dissoute, le public s'écoule...

  A Lyon, les Camelots interviennent contre les pacifistes ; à Challans ils vident une réunion de Marc Sangnier ; le 20 décembre emmenés par Edouard de la Débuterie, à Perpignan, ils se battent ; mais c'est le 6 janvier 1932, à Argenteuil, que la vigueur des Camelots se fait de plus en plus sentir à une réunion "pacifiste et républicaine" . Conduits par Capron, ils envahissent la tribune, bousculent les décors et vident orateurs, public et service d'ordre. Quatre d'entre eux sont arrêtés : Pierre Juhel, André Fleury, Michel de Camaret et Roy.
  Des bagarres encore et partout pour la défence de la France, pour la défence du journal aussi ; à Béziers où l'on retrouve Marc Sangnier, à Paris au Quartier Latin, à Toulouse ; partout les Camelots infligent de sévères leçons aux pacifistes proboches et tiennent toujours le haut du pavé. Nos adversaires accumulent leur rancune et un conseil tenu par Bernard Lecache, de la Lica, Hourina (déjà cité), les anars du Libertaire et les "jeunes républicains" de Sangnier, décide une expédition punitive contre l'AF au quartier Latin. Une bagarre courte mais sérieuse amène une fois de plus la déroute des démocrates...
  A Arles, en mars, une réunion de la Ligue Internationale des Femmes pour la paix est dissoute par les Camelots ; une autre l'est à Gagny en mai.
  En revanche, les réunions d'AF, protégées par les Camelots, se multiplient : à Saint-Martin-de-Crau, 5 000 royalistes ; à Noisy-le-Grand, 15 000 amis de l'AF en juillet.
  L'année 1932 est une année grave. Les évènement politiques ont frappé l'opinion publique ; le 25 janvier 20 000 paysans sont venus manifester contre le gouvernement à Wagram ; le 28 janvier la Fédération nationale des contribuables gronde à Magic City ; le 30 encore à Wagram, ce sont les commerçants.
  En janvier et février, les Chambres ne tiennent leurs scéances que sous la protection de la police. Les députés sont déconsidérés et hués lorsqu'ils paraissent en public.

  Mais cette année 1930, si bien commencée, est celle de l'abandon anticipé des territoires rhénans... Les Camelots manifestent ; ils manifestent aussi dans le Midi contre la propagande pacifiste du boche Von Bodman.
  Ils interviennent contre le pacifisme à Pau, à Toulouse. Le 22 janvier 1930, est créée officiellement
l'Association Marius Plateau.
  A Lyon, en février, les Camelots purgent la ville d'éléments communistes qui prétendaient leur interdire la vente de l'AF.
  A Paris, encore des manifestations, des bagarres contre le professeur Jèze qui, dans son cours, opposait les forces démocratiques au " droit divin des rois, qui, généralement, donnait la couronne à un imbécile ".
  Le 13 mars à Bordeaux, l'ancien communiste Torrès est " vidé " d'une réunion. Encore des manifestations contre le plan Young.
  Le 4 avril, les communistes attaquent une de nos réunions rue des Pyrénées et sont expulsés brutalement.
  En septembre, Jean Mouraud, chef des Camelots de Saint-Pourçain, chasse d'une réunion l'orateur, un défroqué de bas étage. Le 20 octobre, Robert Bourin, seul au milieu de nombreux officiels, dit son fait à Aristide Briand, de retour de Genève. Cet acte courageux eut un énorme retentissement chez les anciens combattants.