Depuis août 1926, l'âpre discussion qui se poursuivait entre les autorités religieuses et l'AF avait réveillé, entre autres conséquences, l'activité des démocrates chrétiens. Les bagarres entre "Parti Démocrate" et Camelots commencèrent le 6 février 1927 (déjà un 6 février !) à Wattrelos ; en juin une sérieuse bagarre eut lieu à Villeneuve-Saint-Georges : pris d'un zèle pieux, une dizaine de voyous se précipitaient "avec courage" sur un de nos vendeurs, Pierre Juhel, alors âgé de seize ans, et cherchaient à lui arracher ses journaux. Quatre Camelots qui étaient là vinrent lui prêter main forte, alors qu'il ne les avait pas attendus pour répondre avec vigueur à ses assaillants. D'autres démocrates vinrent à la rescousse pour soutenir leurs amis et finalement c'est 30 démocrates qui, mis en déroute par nos cinq amis, allèrent se plaindre au commissaire de police qui fit arrêter les Camelots...
  Le 28 avril une attaque concertée des communistes contre un petit groupe de nos amis, après une réunion à Montmorency, tournait à la bataille à coups de révolver, les communistes ayant tiré et blessé le commandant Beau ; la police arrivait et, comme d'habitude arrêtait, non les agresseurs, mais un des Camelots (Menguy) qui fut sérieusement blessé ensuite par la police locale au cours d'un passage à tabac.
  A Saint-Etienne une réunion des groupes royalistes du Forez était attaquée par des contre-manifestants convoqués depuis plusieurs jours, avec la complicité des autorités et de la police : un mort par deux balles à bout portant dans le ventre, Marius Doron, membre de l'entente républicaine. La réunion se tenait malgré tout. René Benjamin, entouré par de fortes équipes de commissaires d'AF pouvait être efficacement protégé et prononçait la conférence qu'il avait préparée.
  L'année 1926, c'est aussi la lettre pontificale du 5 septembre, après l'article du Cardinal Andrieu dans l'Aquitaine (semaine religieuse de Bordeaux) le 27 août.

  Ce n'est pas içi le lieu de refaire l'histoire de la mise à l'index ; il faut cependant dire que les Camelots du Roi avaient, comme les autres organisations de l'Action française, adressé au Souverain Pontife une lettre de soumission filiale, écrite en leur nom par Maxime Real del Sarte. Georges Calzant avait rédigé celle des Étudiants d'AF et Bernard de Vézins celle de la Ligue.
  L'un des premiers actes du nouveau pape, Sa Sainteté Pie XII, fut de lever l'Index. Mais le mal fait à la France par la condamnation avait " marqué " l'Église de France, (remplacement des prêtres professeurs dans les séminaires par des  " démocrates ", entre autres...)

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Le pape Pie XII qui prendra la responsabilité
de lever les sanctions contre l'AF

L'Action française était donc à ce moment là la cible de l'Église pré-progressiste et aussi (l'une étant liée à l'autre) celle du gouvernement de la République, principalement en la personne de ses chefs : sous prétexe qu'il avait diffamé le chauffeur Bajot, en réalité pour avoir démasqué les assassins de son fils, Léon Daudet avait été condamné à cinq mois de prison, mais avait décidé de résister à l'ordre d'emprisonnement.
  Il s'était retrenché le 10 juin 1927 dans les locaux de l'Action française, rue de Rome, entouré d'une garde de Camelots et commissaires. Après de violentes bagarres qui durèrent deux jours en opposant la police et la population venue manifester sa sympathie à Léon Daudet, il décida finalement de se rendre pour éviter une dramatique effusion de sang.
  Mais les Camelots n'abandonnèrent pas ; s'inspirant du précédent " Pinochet ", ils montèrent un nouveau canular téléphonique. En opérant des branchements sur les circuits officiels ils firent libérer Léon Daudet et Joseph Delest (emprisonné avec lui) " d'ordre de Sarraut, ministre de l'intérieur".

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En 1927, l'Action française située rue de Rome à Paris, est assiégée
pendant deux jours par la police. Içi, Léon Daudet parlemente
avec M. Chiappe. Tout à gauche, on reconnait Georges Calzant.

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Léon Daudet, à l'abri en Belgique, les ministres, réunis en Conseil, décidèrent de punir les "coupables" de ce crime de lèse-gouvernement et firent arrêter Maurice Pujo et la standardiste de l'AF, Mme Montard qui fut conduite à Saint-Lazare avec son fils, âgé de quatre mois! Ce ne fut que le 30 décembre 1929 que le gouvernement se résigna à grâcier Léon Daudet, condamné pour crime de paternité et arrêté après le Fort Chabrol de la rue de Rome, puis évadé, trois ans plus tôt, grâce aux Camelots et contraint depuis lors à l'exil en Belgique.
  Le 28 octobre 1928, Jean Guiraud est assassiné par la balle d'un garde républicain, alors qu'il mutilait la statue de Combes qui devait être inaugurée par Herriot à Pons.
  En 1929, les Camelots du Roi sont plus vivant que jamais après avoir atteint l'âge de la majorité : vingt et un ans ; ils ont leurs héros morts pour la France pendant les combats de 14-18, ils ont leurs martyrs : Marius Plateau, Philippe Daudet, Ernest Berger, Jean Guiraud.
  Par un bonheur singulier, ils sont encore dirigés par les hommes des premières heures qui s'étaient groupés autour de Maxime Real del Sarte.
  L'année 1929, c'est la campagne des Étudiants d'AF, des Camelots et des anciens combattants de l'Action française contre la ratification des dettes de guerre à l'Amérique.
  Le " Comité universitaire d'opposition à la ratification des dettes ", créé par les étudiants d'AF, groupait immédiatement toutes les associations patriotiques d'étudiants et publiait même un journal : " Ne ratifions pas " dont près de 15 000 exemplaires furent vendus, aussitôt publiés.

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Les_Camelots_en_campagne_contre_les_dettes_de_l_Am_rique

Les étudiants et Camelots en campagne contre les dettes de l'Amérique.
L'affiche est explicite :
"PAS UN SOU A L'AMERIQUE".

Le 7 janvier 1929, décède la baron Tristan Lambert, doyen des Camelots du Roi, chevalier de l'ordre de Malte, vice-président des zouaves pontificaux, l'un des fondateurs des Publicistes chrétiens. Il ne reçut pas les honneurs funèbres de l'Église, en raison de la condamnation de l'AF : le cardinal Dubois, archevêque de Paris s'y opposa.
  Le 31 janvier, c'était Henry de Cardonne qui s'en allait lui aussi, sans clergé, vers sa tombe...
  Les étudiants d'AF et Camelots, au cours de cette année-là, menèrent une vigoureuse campagne contre un ministre voleur, complice de la mère Hanau de la Gazette du Franc et défendu par Poincaré.
  Le 18 décembre 1928 un important cortège descendait le Boul'Mich' aux cris de " Conspuez Hennessy " ; par la rue du Four et le boulevard Raspail, la manifestation arrivait devant le ministère de l'Agriculture, du voleur Hennessy ; la police, débordée avait été  impuissante. Pénétrant dans le ministère, les manifestants se retirèrent après avoir brisé quelques vitres.
  Des manifestations semblables se déroulent en décembre 1928 et janvier 1929 ; sur les grands boulevards, le 19 janvier, Hennessy est promené (en effigie) menottes aux mains : des blessés, des arrestations...