Les Camelots du Roi et la Jeanne interdite de 1991

10h30

  La place des Pyramides est cernée par un cordon de sécurité renforcé. Rue de Rivoli, le long des arcades, une interminable file de véhicules des Compagnies Républicaines de Sécurité déverse des flots d'uniformes bleu marine. Des barrières mobiles bloquent la chaussée. Partie émergée de l'iceberg, du gigantesque dispositif policier mis en place dès le matin de la place Saint-Augustin à la statue de la Pucelle, le déploiement des forces du "désordre" est impressionnant. Personne ne croit pourtant à une action des royalistes, qu'on attend plutôt à Notre-Dame, également en état de siège.

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10h45

  Débouchant des ruelles avoisinantes, plusieurs centaines de militants d'Action française se massent au bout de la rue de Rivoli, libre de tout barrage. Panique chez les flics. Au cri de "Vive le Roi", les Roycos se lancent à l'assaut des premières lignes des forces de l'ordre, qui sont balyées en quelques secondes. La charge se poursuit, impétueuse.
  Après quelque flottement, la contre-attaque des CRS est d'une violence inouïe. Armés de matraques et de grenades lacrimogènes, les hommes de main de Marchand se ruent sur les manifestants. Le choc, terrible, se produit au coin de la place. Surclassés numériquement, les royalistes perdent un peu de terrain, lorsque une poignée d'entre eux, se faufilant entre les rangs de leurs adversaires, débouche devant Jeanne et déploie une banderole aux couleurs de l'Action française. Quelque dizaine de sympathisants accourent, et entonnent les Camelots du Roi, groupés autour de Pierre PUJO et de Bernard BONNAVES. Ils sont dispersés à coup de trique par la police, et deux jeunes militants, tabassés sauvagement, sont trainées vers les paniers à salade.
  Là, le spectacle est apocalyptique. Une cinquantaine de jeunes, certains le visage dégoulinant de sang, sont étendus face contre terre, menottés et roués de coups par les flics. L'indignation des passants n'y fait rien. Tandis que Pierre PUJO et Bernard BONNAVES improvisent une conférence de presse et dénoncent les pratiques totalitaires du gouvernement, les malheureux sont embarqués sans ménagement. On entend, dans les fourgons, résonner des slogans enthousiastes et des chants de combats. Les CRS respirent. Mais ce n'est pas fini.

11h30

  Un militant d'Action française traverse en voiture le dispositif policier, et extrait une gerbe de son coffre. Les CRS se jettent sur lui. Soutenu de manière musclée par une dixaine de royalistes, il parvient tout de même à déposer les fleurs. Après une violente échauffourée, qui laisse plusieurs flics au tapis, nos amis sont à leur tour maîtrisés et interpellés. Ecoeuré, un ancien combattant jette ses décorations au visage d'une des brutes. Tout autour de la place, des charges sporadiques obligent les forces de l'ordre à d'épuisants redéploiements.
  Sur les trottoirs, cinq cents sympathisants de la Restauration Nationale provoquent des bousculades et lancent des oeufs sur les forces de l'ordre.

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12h00

  A l'issue d'un nouvel affrontement avec les gendarmes mobiles, une centaine de militants d'Action française se réfugie dans les locaux d'Aspects, assiégés par plusieurs escouades de CRS. Immédiatement, des drapeaux et des banderoles sont déployés aux fenêtres. Les quolibets pleuvent sur les assaillants. Craignant sans doute un nouveau Fort Chabrol, ceux-ci rebroussent chemin.

13h00

  Deux groupes d'une cinquantaine de royalistes échappent à la vigilance de la police et traversent la Seine après une course-poursuite effrénée... Frappant à l'endroit où on attendait le moins, ils s'enferment dans le Panthéon. La police perd les pédales. La préfecture décide de renforcer les mesures de sécurité autour des commissariats où sont détenus nos amis. Les stations de métro autour de l'Elysée sont bouclées. Quatre à cinq cents gendarmes mobiles sont dépêchés dans le Quartier Latin? Parvenus devant le Panthéon, ils sont accueillis par une vigoureuse volée d'oeuf frais. Badauds et sympathisants se massent aux alentours.

15h30

  Après avoir cisaillé les grilles du monument, les gendarmes mobiles passent à l'action avec la plus grande prudence. Les "terroristes", qui étaient sagement assis entre les tombes de Voltaire et Rousseau, sont trainés dehors et jetés dans les fourgons cellulaires. Au passage, la presse recueille quelques déclarations fracassantes. 96 interpellations.

camelots_du_roi_012Pierre PUJO exprimant sa colère aux journalistes

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15h45

  Le départ des paniers à salade est empêché par un barrage humain qui bloque les accés de la place du Panthéon. Une centaine de sympathisants scande "Libérez nos camarades" et "Le Roi à Paris". Nouveau vent de panique à la préfecture. Et nouveau renfort de CRS. Les chahuts se multiplient à l'intérieur des véhicules, qui menacent de basculer. Finalement, le convoi s'ébranle entre deux haies d'honneur bruyantes et enthousiastes.

18h00

  Dépôts de gerbes réussis à Saint-Augustin et à Saint-Marcel. Mission accomplie.

Lundi 12h00

  Les derniers royalistes interpellés sont libérés et témoignent des mauvais traitements qui leur ont été infligés. Bilan du week-end : cent quarante huit arrestations, quinze inculpations, et une dixaine de blessés légers dans les rangs de l'Action française. D'après une source bien informée, une vingtaine de policiers auraient été étendus pour le compte.

UNE FOIS DE PLUS, LA TRADITION DES CAMELOTS DU ROI A ETE RESPECTEE.

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  Les réactions de la presse lors des évènements de la Jeanne interdite:

Le_FIGARO

LE_MONDE

LIBERATION

LE_PARISIEN

L_EST_REPUBLICAIN

LE_QUOTIDIEN

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