Jusqu'en 1939, l'Action Française a tenté d'empêcher la guerre car elle savait que la France n'était pas en mesure d'affronter une Allemagne qui avait scellé une alliance avec la Russie soviétique pour dépecer la Pologne. La guerre déclarée, l'AF pratique l'union sacrée, comme en 1914, et soutient les gouvernement successifs. Elle ne cesse de précher la confiance dans l'armée.
  Cependant, en juin 1940 c'est l'invasion. La route de Paris est ouverte. Le président de la Ligue d'Action française, le lieutenant-colonel François de Lassus Saint-Geniès tombe au champs d'honneur. L'Action Française se replie à Poitiers où elle publie six numéros, puis ses principaux collaborateurs gagnent Villefranche-de-Rouergue, en attendant de remonter à Limoges après la signature de l'Armistice. Elle y reste quatre mois, puis s'installe à Lyon jusqu'en 1944.

  "La Divine surprise" : Maurras salue ainsi le fait que, devant l'étendue de la défaite de la France et la dissolution de l'Etat, le maréchal Pétain se sacrifie pour assurer le pouvoir, nous évitant ainsi un goleiter allemand, qui nous aurait complétement soumit comme à l'Est.
  Pendant l'occupation, l'Action française (repliée à Lyon) défend la ligne de "la France seule" : contre le clan des "ja" (les collaborateurs) et le clans des "yes" (la dissidence de Londres) qui ajoutaient le malheur de la guerre civile à celui de l'abaissement de la France, il ne fallait songer qu'à l'unité nationale, pour préparer la revanche.Pour Maurras, l'Allemagne n'a cessé d'être "l'ennemi N°1".

  Après l'Armistice, l'Action française a en effet refusé de rentrer à Paris pour ne pas être soumise à la censure allemande. La zone sud, même après son invasion par les Allemands en novembre 1942, bénéficiera toujours d'un régime particulier pour la presse laquelle, jusqu'au bout, n'aura affaire qu'à des censeurs français.
  C'est la raison pour laquelle L'Action Française a continué à paraître après 1942. Cependant, au mois d'août 1944, après la percée des forces alliées en Normandie et leur débarquement en Provence, la retraite allemande s'accentue. Le 20 août les Allemands viennent arrêter le Maréchal à Vichy et le déportent de l'autre côté du Rhin. Les bureaux de L'Action Française, au 66 rue de la République, sont pillés. Charles Maurras et Maurice Pujo entrent en clandestinité. Leur collaborateur Louis-François Auphan leur apporte les nouvelles de l'extérieur.
  Le préfet régional communiste Yves Farge, qui règne désormais sur Lyon libérée des Allemands en tant que commissaire de la République, est furieux d'apprendre cet entretien. Il fait du chantage sur Auphan en lui disant qu'il sait où se trouve Maurras et il demande que celui-ci vienne le voir. Auphan craint que Maurras et Pujo soient victimes d'une exécution sommaire de la part des F.T.P - les partisans communistes - et leur conseille de se livrer.
  Les deux co-directeurs de L'Action Française sont enfermés à la prison Saint-Joseph de 5 septembre.

N'oublions pas que le parti Communiste collabora avec l'Allemagne jusqu'en 1942, dâte de l'entrée de l'Allemagne en Union Soviétique...Que ceux ci négocièrent la reparution du journal "l'Humanité" auprès des autorités allemandes...

  La France vit alors une révolution sanglante qui vient ternir la joie de la libération du territoire. Partout une pseudo-justice masque des règlements de comptes politiques. Les condamnations à mort s'ajoutent aux exécutions sommaires que les historiens estiment aujourd'hui autour de 40 000.
  Maurras et Pujo sont inculpés d'intelligences avec l'ennemi, ce qui est un comble quand on songe que l'Action française n'a cessé, tout au long de son existence, de dénoncer et de combattre le germanisme, et particulièrement son dernier avatar, le nazisme.
  Le procès à lieu du 25 au 27 janvier 1945 devant la Cour de Justice du Rhône. Au cours des débats, les accusations portées contre Maurras se révèlent inconsistantes. Paul Claudel qui prétend avoir été dénoncé aux Allemands se garde bien de venir confirmer à la barre son accusation. En revanche, Georges Gaudy, officier en activité, qui appartient à l'Armée d'Afrique et a fait la campagne d'Italie, vient apporter son témoignage sur l'hostilité constante de l'Action française à l'égard de l'Allemagne. La Cour de justice n'en tiendra pas compte. C'est le temps d'une "justice" révolutionnaire.
  Le procureur Thomas demande la mort pour Maurras. La sentence tombe le 27 janvier : Maurras est condamné à la réclusion à perpétuité et Maurice Pujo à cinq ans d'emprisonnement. Un groupe d'anciens des Camelots du Roi était résolu à exécuter le procureur Thomas et le président de la Cour de justice si Maurras était fusillé. Ils ont assistés au audiences déguisés en F.F.I avec brassard tricolore! On peut penser que cette menace, qui était connue des intéressés, a influé sur le verdict.
  Durant son procès, Maurras jettera au visage de ses "juges" indignes le superbe défi : - "
Pour moi, cela m'est égal, je suis un viel homme : douze balles dans la peau ou rien... ce n'est rien du tout ! J'ai consacré [à la France] ma vie, mes sueurs, mes forces. Si je pouvais lui donner mon sang, je vous assure que rien ne serait plus glorieux ni plus agéable pour moi..."

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Maurras et Pujo "condamnés pour intelligence avec l'ennemi"

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Charles Maurras photographié en prison en 1951

Maurras et Pujo sont conduit à la centrale de Riom. A partir de mars 1947, ils seront emprisonnés dans l'Aube, à Clairvaux, ancien monastère cistercien transformé en prison. Ils y retrouvent le souvenir du duc d'Orléans qui y fut incarcéré en 1894 pour avoir enfreint la loi d'exil, en voulant s'engager dans l'armée française.
  Pendant ce temps, l'Action française continue dans la clandestinité. Elle n'a plus de journal. Tous les journaux ayant paru depuis novembre 1942 sont officiellement interdits - sauf La Croix. Les profiteurs de la Résistance s'emparent des locaux et des imprimeries.
  Les groupes d'amis d'AF se réunissent dans la clandestinité et poursuivent des activités régulières sous l'autorité d'un Comité directeur.

Ce qu'écrivaient les amis de l'ennemi :

  Le 17 mai 1944, l'agence Inter-France, installée dans Paris occupé, écrivait :
  "M. Maurras et son journal ne sont pas morts... Ils forment depuis quatre ans le centre d'une résistance active à l'unification de l'Europe sous une direction Allemande...L'attentisme français, le refus de la France à une politique de rapprochement allemand a trouvé dans L'Action Française son expression quotidienne la plus habituelle."

Auteur : François-Marin Fleutot                          Editeur : Flammarion

Oui ! il y eut des royalistes dans la Résistance ! On cite volontiers Jacques Renouvin, le colonel Rémy, Guillain de Bénouville, Honoré d'Estienne d'Orves... Mais on oublie souvent deux maréchaux de la France libre (de Lattre de Tassigny et Leclerc de Hauteclocque), l'un des premiers FFI envoyé en France occupée (Saint-Jacques), le premier émissaire d'un réseau de résistance vers Londres (abbé de Dartein)... On ne se souvient pas que l'un des premiers Français à s'opposer à Pétain fut le duc de Choiseul Praslin et que, parmi les 80 députés qui refusèrent les pleins pouvoirs au tandem Laval/Pétain, Chambrun et Moustier étaient plutôt de tradition royaliste. On oublie, volontairement ou non, la part que les royalistes ont prise dans les combats de la Libération et dans le débarquement en Algérie. Sans disputer l'importance des autres écoles de pensée de la Résistance (démocrate-chrétienne, socialiste ou communiste), cette enquête, riche en documents, met pour la première fois en lumière l'action de ces royalistes qui ont affronté Pétain, Laval et les nazis.